Article, Interview

Entretien avec Mademoiselle Maya qui soigne les coeurs et les âmes

Mademoiselle Maya est une femme extraordinaire qui a connu et aimé les plus grands noms : Georges F., Alphonse D., Victor H.etc… elle se livre face au public, accompagnée par sa pianiste.

La chanteuse comédienne Charlotte Grenat interprète Mademoiselle Maya avec brio, humour et livre une performance remarquable qui nous fait du bien. Allons, ne prétextons pas le froid ou je-ne-sais-quoi pour rester chez soi. Car ‘Mademoiselle Maya en Ut intégral’ est un spectacle plein de chaleur humaine, drôle et même tendre, théâtral et musical, le genre de spectacle dont nous avons besoin, vraiment besoin. En attendant la prochaine représentation le 12 décembre à 21h au Théâtre du Gouvernail, Charlotte Grenat a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle !

En quoi le chant est-il libérateur pour vous ? 

Sacrée question ! Ou question sacrée ? Oui, bien sûr. Le chant libère les émotions. L’envie de partage avec les « autres » . Partage de la voix, mais aussi partage des idées, des messages, quels qu’ils soient. Le chant c’est la voix de l’âme qui se libère. Quand je chante, j’offre ce qu’il y a de meilleur en moi, je pense. Pas de triche. C’est direct. Et c’est jouissif ! Tous les peuples chantent, et depuis toujours. Même les scientifiques s’accordent, comme les musiciens, à dire que chanter guérit, redonne un souffle, harmonise, rassemble… «  Libérée, délivrée ! » comme dit la reine des neiges ! Nous sommes tous des reines et des rois des neiges ! Prisonniers de nos convenances, dictats, familles, métiers, etc. alors, oser sortir sa voix sans se retenir, la laisser s’envoler à travers l’espace comme un oiseau sort de sa cage… Mais quel bonheur !

En quoi le spectacle vivant pourrait être essentiel pour les gens ? 

C’est un moment festif, le spectacle vivant, un moment humain ; Que ce soit de la comédie, de la tragédie, du chant, de la danse etc. chacun-e peut ressentir les émotions des autres, les vibrations, et les PARTAGER, même sans s’en rendre compte. C’est aussi le lieu ou les idées s’échangent, s’écoutent, se disent, se frottent. Rien à voir avec le fait d’être seul dans son salon ou sa cuisine en regardant un film ou en écoutant un CD. Imaginez un monde ou chacun-e resterait chez soi, dans son logis, petite boite personnelle, devant sa petite boite à images/plaisirs personnelle, en mangeant sa petite boite à nourriture personnelle… Elle est ou, là, l’humanité ? Avec qui on rit ? On pleure ? On s’insurge ? On a peur ? A qui on prend la main pour se rassurer ? Et les rencontres ? Les discussions autour d’un verre, après ? Qui font avancer, ou qui font du bien, simplement ? On nous en a privé ces dernières années, outrageusement. L’art, le spectacle vivant, est un ciment essentiel à la construction de l’humanité. C’est bien pour cela que l’on sait que les dictatures interdisent et punissent les arts et la culture en premier. Ça rend plus intelligent, de la tête, mais aussi du coeur, et ça réjouit les âmes… Sortez, les gens ! Vous allez voir comme c’est bien, comme c’est bon de voir un spectacle ensemble !

Méditez-vous ? 

Oui. Pas assez, sans doute. Mais oui, je médite. J’écoute des musiques qui font voyager dans l’ailleurs… à l’intérieur de soi… je parle à mon corps… A la Terre, aux arbres, à l’univers, à ceux et celles qui sont partis avant moi décrocher des étoiles et découvrir les secrets de la Vie… J’interroge le vivant d’ici, et le vivant de partout autour…Je m’interroge…

Quand surgit un événement difficile dans votre vie, comment faites-vous pour le gérer ?

Franchement, je ne sais pas vraiment. Les événements les plus difficiles de ma vie on été des décès.Un mur se forme en moi dans l’instant. Comme un rideau de fer qui descend pour protéger une entrée, un lieu. Les émotions trop fortes restent là, derrière, en suspens. Ça me permet de faire, d’aviser, de continuer à… Eventuellement de prendre en charge… être dans l’instant présent, et faire une chose, un pas, à la fois. Et puis quand le plus dur est passé, c’est la déferlante. Ce qui est curieux c’est qu’en revanche, depuis toujours, j’ai la larme facile. Je pleure très facilement devant les films, les séparations provisoires dans les gares ou autres, un mot ou geste qui me fait mal… Mais ce qui me sauve aussi, je crois, c’est que j’aime profondément la Vie, et que je suis reconnaissante pour tout le bonheur offert. J’ai des grands enfants magnifiques, des amis-es formidables que j’aime et réciproquement. Et je garde confiance. Même si je peste, je me mets en colère, je proteste contre tout ce qui me semble injuste, je continue à croire que quelque chose de bien doit pouvoir sortir de là. Et j’écris. Des poèmes, des textes, des chansons. Et je chante…

Mademoiselle Maya, quelque part, n’est-ce pas vous ? 

Tout à fait. C’est ma Missis Hyde. Mon double coquin et innocent à la fois. Car Maya, bien qu’ayant toute une panoplie d’amants, est candide et sans intentions. Tous les textes de ses chansons, elle les pense au premier degré, en toute sincérité. C’est la France Gall de son époque, naïve, à qui on fait chanter les « sucettes à l’anis » . Elle est touchante, Maya, et drôle. On peut comprendre que de grands hommes se soient entichés d’elle. Et je l’aime comme une petite sœur jumelle. Si je l’ai laissée un temps de côté, c’est parce qu’on commençait à m’appeler Maya, et attendre que je réagisse comme elle. Je me suis sentie bouffée par mon personnage, et j’ai eu besoin de la mettre en hibernation, pour retrouver « Charlotte ». C’est comme ça, en partie, que j’ai décidé de me mettre à la guitare, pour pouvoir chanter mes chansons «  d’aujourd’hui », et m’affirmer en tant qu’auteure compositrice interprète dans cette époque-ci !

J’ai pris maintenant assez de distance, et je suis ravie de la retrouver. On a chacune notre place, et je lui laisse bien volontiers la sienne quand je rentre en scène pour « son » spectacle. J’adore ma petite Divette. Je me sens très proche d’elle. Elle n’a pas d’âge, et j’ai la sensation, quand je revêts sa robe, d’enfiler sa peau, et de toucher son âme. Quand je parle de mes beaux amis, j’ai vraiment le sentiment de les avoir connus, aimés.Et à vrai dire, ils me manquent, parfois… Mais la Vie continue, et comme dit si bien Maya Labeille (de son nom de baptême) « Et allez Hop, c’est pas mon père ! »

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